Nous commençons à avoir l’habitude des changements, puisqu’il ne se passe pas 5 ans sans qu’il y ait au moins une réforme partielle de la formation professionnelle.

La prochaine serait actuellement en préparation, avec une publication prévue en 2023. Cette fois-ci, pourtant, contrairement à 2018, la formation professionnelle n’occupe plus le devant de la scène et il ne s’agit donc pas d’une refonte systémique complète. Il s’agit a priori d’ajustements visant l’apprentissage, le CPF, la VAE, les transitions professionnelles et l’illettrisme.

Des ajustements qui s'annoncent souvent problématiques...

 

L’apprentissage

Sur ce thème, l’objectif du gouvernement est à la fois double et contradictoire. En effet, il tend simultanément à booster encore davantage le nombre exponentiel de nouveaux apprentis de ces derniers mois pour atteindre le nombre symbolique d’un million d’apprentis par an tout en réduisant parallèlement le coût au contrat, c’est-à-dire l’implication financière du gouvernement, qui, au travers du dispositif de l’aide exceptionnelle, avait rendu possible la forte croissance. Symbole de ce retrait budgétaire : les baisses de dotation des CFA qui sont entrées en vigueur depuis le début du mois de septembre. Des baisses qui, pour certains devraient atteindre 40% d’ici le printemps prochain…

Pour faire simple, le gouvernement veut plus d’apprentis, en accordant moins de moyens à l’apprentissage. Qui plus est, il souhaiterait modifier la cible des aides en privilégiant désormais les apprentis les moins diplômés, c’est-à-dire ceux dont l’embauche est précisément la plus compliquée, tandis que les crédits allaient dernièrement aux détenteurs de BAC+2 à BAC +5.

 

Le CPF

Sur ce thème également, le gouvernement entend développer en économisant.

 

Développer

Le dispositif CPF dont les démarrages avaient été extrêmement lents, avait brusquement inversé la vapeur pendant les années Covid en montrant une forte croissance. Le gouvernement souhaiterait voir la tendance s’accentuer dans les années à venir.

Aujourd’hui, pourtant, le nombre de dossiers CPF est en stagnation. Deux raisons à cela.

D’abord : la fin du phénomène « confinement » qui avait amené pour beaucoup un questionnement professionnel et davantage de temps à consacrer à la formation. Après deux ans, la plupart des reconversions ont ainsi été réalisées ou initiées et, avec le retour à la normale, les actifs français connaissent aujourd’hui une baisse du temps libre disponible.

Autre facteur pour la stagnation du nombre de dossiers CPF : la réduction de l’offre certifiante. Il est en effet plus compliqué que par le passé de faire enregistrer une formation certifiante par France compétences. Du coup, une réduction de l’offre qui se traduit immédiatement par une réduction de la demande… 

 

Economiser

La Cour des Comptes a tiré la sonnette d’alarme en 2021 sur le coût exorbitant du CPF alors même qu’une toute petite portion d’actifs finançait une formation par ce biais.

Premier chantier : faire le ménage parmi les formations proposées. La France occupe actuellement l’avant-dernière place au sein de l’OCDE dans l’évolution des compétences et il semble donc important de faire en sorte que les formations suivies permettent un gain concret dans ce domaine. Pour cela, les partenaires sociaux réclament un CPF professionnalisant, c’est-à-dire une offre de formation axée sur les demandes du monde professionnel et non plus des parcours de développement personnel ou des formations sans réelle valeur ajoutée.

Deuxième chantier : réduire la fraude. C’est dans cet esprit qu’une proposition de loi a été déposée pour lutter contre le démarchage téléphonique lié au CPF. En dépouillant les bénéficiaires de leurs droits, les fraudeurs grèvent aussi le budget de la formation et le gouvernement espère, en protégeant les usagers, protéger également ses propres intérêts.

Dans la réalité, il existe un troisième chantier, que le gouvernement n’entend pas a priori mettre en œuvre pour l’instant. Et pourtant ! Selon certains OPCA, 75% des formations validées ne verraient jamais le jour (annulations, absentéisme, changements professionnels, etc.). Autant de compétences et d’argent perdus…

 

La VAE et les transitions professionnelles

La VAE, qui a fêté ses 20 ans, fait aujourd’hui l’objet de questionnements suite aux propositions du rapport Rivoire.

Comme pour l’apprentissage, comme pour le CPF, il s’agirait de développer la VAE en augmentant le nombre de dossiers annuels par 3 pour atteindre le nombre symbolique de 100 000 demandes par an.

Pour atteindre cet objectif ambitieux, il conviendrait d’étendre les domaines visés par la VAE (notamment aux aidants familiaux et aux bénévoles impliqués auprès des réfugiés), de simplifier le processus d’inscription via un portail de service public unifié et enfin d’offrir à la VAE davantage de reconnaissance.   

Pour les transitions professionnelles, il s’agit là aussi de simplifier le système pour le rendre plus lisible et donc plus accessible. Transipro, Transco, Pro-A, etc. : ces dernières années avaient vu effectivement une multiplication des dispositifs que le gouvernement entend refondre dans un avenir proche.

 

Enfin, l’illettrisme, qui concerne un actif sur dix en France, devrait également constituer un des grands chevaux de bataille de la ou des réforme(s) à venir.

 

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